La facture des superpositions, l’audace des perspectives, la recherche des couleurs nous révèlent le mouvement qui scande les lithographies de Lumi Mizutami. Sitôt le regard posé sur la chair de ces fragments de corps indéfinis à la disposition arbitraire, il se dissout dans l’encre tourmentée de la matière. Les corps, fractionnés, ne sont que des accidents, les papiers collés et les rubans, des témoignages d’une quête d’abstraction. Rien de plus singulier que de faire du corps un expédient de l’âme, de ses méandres, qui enlacent la chair, la marquent et la meurtrissent. Chaque élément de la peinture de Lumi Mizutani nous confronte à cette dialectique. Les corps volumineux, pourtant impondérables, sont en suspension, comme en apesanteur, tandis que l’encre, ingénieusement travaillée sur la pierre, produit ses effets au hasard de sa rencontre avec l’eau, l’opacité côtoyant une lueur diaphane. Sans pieds ni tête, ces vestiges de corps aspirent à se fondre dans le vide qui les entoure, ravis par le magnétisme de l’abstraction. Un fil fragile les retient encore à la figuration. Au spectateur de les en affranchir, de dérouler le ruban qui les fera flotter dans l’espace auquel ils semblent déjà appartenir.
Emanuela Genesio (Université Paris VIII)